07.10.2006
The Pretty Things
La formation : Phil May (chant, harmonica) - Brian Pendleton (guitare) - John Stax, Wally Allen 1967 (basse) - Dick Taylor (guitare) - Viv Prince, Skip Allan 1965, Twink 1967 (batterie) - John Povey (percussions)
L'importance des Pretty Things, groupe méconnu, n'est pas à négliger car ils ont ouvert quelques brèches avant tout le monde. Leur riche carrière offre aux amateurs de curiosités un impressionnant réservoir de créations esthétiques, dans lequel les perles abondent.
The Pretty Things est un groupe de rock and roll formé en 1963 dans le Kent, banlieue londonienne, par Dick Taylor qui fut le bassiste des Rolling Stones avant que ceux-ci ne décrochent un contrat d'enregistrement, et les quitta pour des raisons où se mélaient les finances et l'égo - il supportait difficilement d'être relégué au second plan par Brian Jones.
Longtemps considérés comme de simples clones des Stones, en version plus rebelle - ils se présentaient eux-mêmes de cette manière, avec leurs cheveux encore plus longs que ceux de la bande à Jagger et leur rythm and blues encore plus basique et énergique - les Pretty Things font partie des groupes cultes quasi-oubliés des années 1960.
Ces quatre mauvais garçons se font d’abord remarquer en faisant beaucoup de bruit. Sorti en 1964, le 45 tours « Rosalyn » n’a rien à envier, du point de vue de l’agressivité, à « You Really Got Me » des Kinks, sorti la même année. Au contraire, les Pretty Things vont même plus loin, annonçant en deux minutes sauvages ce qui fondera le punk-rock une douzaine d’années plus tard. Le titre « Don’t Bring Me Down », suivi d’un premier album, confirme qu’il va désormais falloir compter sur eux et sur le charisme de leur chanteur, Phil May, souvent comparé à Jagger.
Toutefois ils se mettent bien vite à explorer de nouveaux territoires. Dès 1965, ils font partie des premiers défenseurs britanniques du psychédélisme avec le titre « L S D », l’un des rares standards qui ne soit pas sorti officiellement en son temps et qui se soit fait connaître uniquement par la scène et les éditions pirates. Plus ouvragé, leur deuxième album, « Get The Picture ? », paru la même année, reste très proche du « rythm’n blues ». Il contient d’excellents titres, comme le classique « Midnight To Six Man ».
En 1966, ils abandonnèrent le rythm and blues primal pour se tourner vers la musique psychédélique, dont leurs albums de cette époque sont semble-t-il parmi les meilleurs représentants. Il leur arriva même à l'occasion de doubler leurs modèles les Rolling Stones, dont les tentatives psychédéliques furent rarement très concluantes.
Après une année entière d’expériences "avant-gardistes", ils reviennent en 1967, avec un 33 tours déroutant : « Emotions ». Malgré l’ouverture musicale que connaît le rock cette année-là (« Sgt-Pepper », « Their Satanic Majesty’s Request »…), leurs influences médiévales et folkloriques surprennent le public, qui attendra quelques années avant de s’enthousiasmer pour ces musiques. Les excellentes chansons continuent de pulluler, en tête desquelles les discophiles classeront « Walking Through My Dreams », une face B teigneuse et aérienne, n’ayant rien à envier aux Pink Floyd de Syd Barrett. Même parties dans ce genre de trips, les paroles n’oublient cependant pas l’ancrage social du groupe, comme en témoigne « Death Of A Socialite ».
Leur principal titre de gloire est d'être les auteurs, en 1968, du tout premier opéra rock, SF Sorrow, qui coiffa sur le poteau le Tommy de The Who.Trop étrange et chaotique pour être le chef d’œuvre que décrivent certains, le disque possède néanmoins ses moments de génie, comme « I See You ». Et surtout, il inspire à Pete Thownshend « Tommy », le double album des Who qui fera vivre au rock un impressionnant virage.
Suivant toujours les modes en vigueur, ils se tournèrent au début des années 1970 vers le Hard Rock, avant de disparaître, victime du manque de succès, d'une situation financière précaire et du départ de Dick Taylor, déçu par l'échec commercial de SF Sorrow. Cependant, comme on pouvait s’y attendre, le grand public se trouve définitivement largué, et seuls les fouineurs les plus persévérants peuvent espérer découvrir les quelques pépites cachées sur leurs albums des années 70.
Il semble qu'il y ait eu quelques tentatives de reformations dans les années 1990, dont aucune n'a réellement abouti, jusqu'en 1998 où les Pretty Things d'origine (1966/67) ré-enregistre une version live de "SF Sorrow" tout à fait honorable en s'offrant en plus, les services du guitariste Frankie Holland, du conteur Arthur Brown (qui "raconte" l'histoire de l'album concept, faisant le lien entre les titres) et de Dave Gilmour, viel ami du groupe depuis exactement 30 ans : à l'époque (1968) le Pink Floyd fût leur voisin de studio à Abbey Road. Suivit un album ("Rage Before Beauty" -1999) qui les réconcilie avec le "good old rock'n roll" de leur jeunesse et des tournées en Europe. La tournée 2005 engrangeait encore de nombreuses dates.
Le rayonnement des Pretty Things est souterrain mais essentiel. Sur son album de reprises « Pin Ups », paru en 1973, David Bowie (auteur d’un célèbre « All You Pretty Things ») n’hésite pas à reprendre « Rosalyn » et « Don’t Bring Me Down », montrant l’influence majeure que ce groupe a exercé sur sa musique. A la même époque, les formations de garage et de pub-rock (Dr. Feelgood, the Inmates et leurs plus obscurs condisciples) continuent de faire vivre ce répertoire auprès des amateurs. En fait, en inventant l’opéra-rock tout en revendiquant la simplicité, les quatre musiciens ont creusé les deux voies qui se sont affrontées au cours des seventies : le progressif et le punk, un duel qui n’est toujours pas résolu…
Sept albums représentatifs de la carrière de ce groupe chaotique et un petit mot pour chacun de ces albums :
The Pretty Things 1965, indispensable, primal, hurleur, rageur et intemporel. On imagine à l’époque, l’effet que cet album a du produire. Seuls les Sonics, de l’autre côté de l’Atlantique, braillaient aussi fort. Mais le comportement chaotique des jeunes Pretty Things fait peur et le groupe n’aura qu’un succès d’estime, relégué derrière les Stones et les Kinks.
Get the picture ? 1965, un grand pas en avant vers un rock plus ambitieux. Le son est moins brut, mais la rage est toujours là. Le succès lui, n'est pas encore au rendez-vous. Mais on comprend qu’à l’époque, tant de violence fait peur.
Emotions 1967 , chef-d’oeuvre absolu de songwriting aux arrangements somptueux renié par le groupe et en particulier son leader Phil May à l’époque, n’a pas pris une ride. Ses arrangements paraissent même aujourd’hui audacieux et inventifs. Mais ce refus de reconnaître leur propre disque, "fichu en l’air par les producteurs" selon Phil, jettera irrémédiablement le groupe aux oubliettes.
SF Sorrow 1968 le grand trip psychédélique, génial de bout en bout. Un disque visionnaire mais aussi indescriptible qui aurait dû connaître un grand succès.
Parachute 1970 un disque hallucinant et halluciné. Incroyable. Unique. Ce disque aurait dû connaître un grand succès, c’est sûr. Voté album de l’année par "Rolling Stone" en 1970, il était bien parti. Mais son thème pessimiste et apocalyptique, doublé de gros problèmes de drogue et de personnel, feront capoter la tournée US qui aurait consacré le groupe. Une fois de plus.
Silk Torpedo 1974 un des disques de la période "Swansong", le groupe sonne ici très seventies, à mi-chemin entre gros rock symphonique et glam. Après une tournée pharaonique avec Led Zepelin et des destructions de matériel conséquentes, il ne sera pas distribué correctement car le label SwanSong coule avec eux.
Cross Talk 1980 est un disque de punk rock, avec du bon et du moins bon, mais le bon est incroyable pour un groupe au bord du gouffre qui n’en était pas à sa première jeunesse. Le seul groupe de rock "à papy" a avoir eu les honneurs et le respect et même l’amitié des Sex Pistols, c’est pour dire !!! Tout ça se terminera (comme toujours avec les Pretty Things) en désastre en compagnie des Pistols et il faudra attendre 1999 pour qu’ils réenregistrent à nouveau.
Il est temps de réhabiliter les Pretty Things et de les remettre à la place qu’ils méritent dans l’histoire du rock : tout en haut.
Rip Off Train
Get The Picture
Oh Baby Doll
Danger Signs
Midnight To Six Men
Photographer
Walking Through My Dreams
Balloon Burning Moon Is Rising
Midnight To Six Men
Come See Me
Raining In My Heart
You Don't Believe Me
le site officiel : http://www.theprettythings.com/ (en français)
un autre site : http://www.prettythings.net/index.html 
09:35 Publié dans The Pretty Things | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the pretty things, dick taylor, sf sorrow



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